Sommes-nous au contrôle de notre destin?
Je vous propose dans cet article un petit moment de réflexion sur le contrôle que nous semblons exercer sur notre destin. Est-ce que nous contrôlons vraiment notre destin? Pour la plupart d’entre nous, à première vue, la réponse est évidemment oui. Mais « Si on prend le temps de s’arrêter et d’examiner sa vie, de la façon la plus objective possible, on constate que bon nombre d’événements qui sont survenus, sinon la majorité, l’ont été à un moment inopiné, se sont révélés inévitables et échappaient entièrement à notre contrôle. La plupart du temps, on avait prévu que les choses se passeraient autrement. Et cela s’applique autant aux événements que nous n’avions pas vraiment souhaités qu’à ceux que nous avions désirés. Alors qu’en est-il des quelques événements que nous croyons avoir provoqués? Se pourrait-il que le contrôle soit une illusion »?
Nous discutons ici de la question du libre arbitre. Un sujet sur lequel plusieurs se sont penchés. L’auteur Christian Boiron affirme…« si on agit d’une certaine façon dans un contexte donné, c’est qu’un certain nombre de paramètres, personnels ou extérieurs, nous ont amenés à cette action là. Comment pouvons-nous être responsables de ces paramètres ?» Par paramètres personnels, il faut entendre notre état intérieur du moment, nos gènes, notre ADN, notre éducation, l'influence de la culture dans laquelle on a grandit et notre conditionnement. Quant aux paramètres extérieurs, ils indiquent ce que nous voyons, entendons, touchons, sentons et goûtons. De toute évidence, nous n’avons pas choisi nos gènes, notre ADN, notre culture et notre éducation. De même, nous ne contrôlons pas ce que nous allons voir, entendre, etc. durant la journée. C’est ce qu’entend M. Boiron par l’expression : ne pas être responsable de ces paramètres.
Comme nous venons de le voir, notre réaction, c’est-à-dire notre façon de penser ou de réagir face à ce que nous voyons, entendons, etc., est donc tributaire de notre état actuel et de notre conditionnement. En effet, deux personnes placées devant la même situation ne répondront pas de façon identique. Chacun réagira selon sa disposition intérieure du moment et son conditionnement. Si nous ne sommes pas responsables de notre conditionnement et que nous ne choisissons pas ce que nous allons voir, entendre, etc. au cours d’une journée, comment pouvons-nous prétendre que nous contrôlions notre réaction.
Se pourrait-il que tous les événements ne font que servir l’intérêt d’un « Grand Plan »? Que ce dernier transcende notre perception limitée ? Et que finalement, nous serions tous des personnages « vécus » auxquels auraient été assigné des gènes spécifiques et le développement d’un conditionnement précis afin que puisse se dérouler tous les événements de ce Grand Plan?
Cette théorie suggère donc l’existence du fatalisme. Mais attention, nous nous référons ici à la première définition du mot fatalisme dans le Petit Robert, c’est-à-dire que tous les événements sont fixés à l’avance par le destin, et non pas à la deuxième qui, elle, se réfère plutôt à une attitude de résignation.
Une mauvaise interprétation de cette théorie peut nous amener à penser qu’il n’y a plus rien à faire. Mais au contraire, justement, si tout est déjà décidé, il y a inévitablement plein d’événements à venir, soit des actions et des décisions à prendre en quantité, et non de l’inactivité. Ainsi, nous continuons à prendre des décisions, d'agir, comme si nous étions vraiment aux commandes et, en même temps, conscients de n’avoir aucun contrôle sur le résultat.
L’ouverture et la véritable compréhension – et non la résignation – à cette théorie peuvent entraîner une plus grande acceptation de tous les événements et nous enlever un énorme fardeau inutile.
En terminant, n’oublions pas que cette théorie n’est que conceptuelle. Et tout concept, parce qu’il est sujet à interprétation, est quelque chose que certains acceptent et que d’autres refusent. Mais je me demande si c’est vraiment en notre pouvoir d’accepter ou non cette théorie…?
Lettre à ceux et celles qui ont perdu un être cher
À la plupart d’entre nous, il nous arrivera de perdre un être cher et d’avoir à vivre un deuil. Le mot deuil vient du mot latin dolore, qui signifie douleur, souffrir. Perdre un être cher est un choc terrible. C’est incontestablement l’épreuve la plus douloureuse, déstabilisante et déchirante que puisse vivre un être humain. La charge émotive est d’une telle ampleur que l’organisme, ne pouvant contenir toute la peine qu’engendre un tel événement, développe un système de protection qui permet à l’organisme de relâcher sa peine graduellement. L’évacuation de la tristesse peut s’étaler pendant plusieurs mois, voire quelques années. Mais habituellement, si le deuil ne se complique pas, les expressions de libération de chagrin s’espaceront à mesure que le deuil progressera.
Les liens d’attachement qui unissent deux personnes sont très profonds et très puissants, et ce, dans la vie comme dans la mort. Le but du travail du deuil est de délier ces liens affectifs qui unissent l’endeuillé à la personne décédée. Défaire les liens ne veut pas dire oublier la personne décédée ou de se faire accroire qu’on ne l’aime plus. Délier les liens vise d’abord et avant tout à prendre conscience et à accepter que la relation n’est plus possible. Cette personne n’est plus et ne reviendra jamais. Délier les liens signifie aussi mieux se souvenir de la personne telle qu’elle était, avec ses forces et ses faiblesses. Enfin, délier les liens, c’est également avoir de la relation une image réaliste.
La perte d’un être cher bouleverse, chambarde et déclenche beaucoup de douleur. Il n’existe aucun moyen d’éviter la douleur d’une perte. On peut pendant un certain temps essayer de la nier, la minimiser ou la contourner, elle n’en demeure pas moins omniprésente. Le seul et unique moyen de se libérer de la douleur est de plonger dedans. On ne se guérit jamais d’une grande peine en l’évitant. Même si on essaie de l’oublier, la douleur, elle, ne nous oublie pas. Tôt ou tard, cette douleur resurgira au niveau de l’esprit ou bien, au dire de certains, elle sera somatisée.
Les gens qui veulent aider la personne en deuil s’imaginent qu’il est préférable de ne pas lui parler de la personne qui est morte. De cette façon, l’endeuillé n’y pensera pas. Un tel raisonnement est absurde, car l’endeuillé ne pense qu’à ça.
La plupart des gens qui n’ont jamais vécu un deuil sont portés à dire : « Eh bien, que veux-tu, ça fait partie de la vie », « arrête de pleurer, ça ne changera rien », « oublie ça, passe à autre chose », « le temps va arranger ça », « tu devrais sortir un peu plus, ça va te changer les idées », etc. Voilà autant de paroles que de ce que la personne en deuil ne veut pas entendre. Tout ce que l’endeuillé désire, c’est de parler de l’être cher qu’il a perdu et qu’il aimait tant. Il a besoin d’être écouté, encouragé et réconforté; bref, d'un appui affectif.
Mais attention, on peut tomber dans un piège. On peut croire que l’intensité et la durée du deuil sont proportionnelles à la profondeur de son amour et à l’authenticité de son attachement à l’autre. Comme le dit Jean Monbourquette : « … on se laisse influencer par l’idée que plus on se sent triste et anéanti par la perte d’un être cher, plus on fait preuve d’un grand amour à son égard. À la rigueur, se laisser mourir de chagrin serait la preuve suprême de la profondeur de son amour… ».
Bien que le décès d’un être cher soit un événement à tout jamais inscrit dans l’histoire de la vie de l’endeuillé, il devient possible d’écrire de nouveaux chapitres. Un tel événement occasionne souvent une évaluation et une remise en question de notre personne et, par le fait même, sert d’occasion unique pour grandir. Le mot grandir n’est pas un mot facile à entendre lorsque l’on vient tout juste de perdre quelqu’un qu’on aimait. L’endeuillé se sent plutôt « petit » et fragile, pour ne pas dire en petits morceaux. Néanmoins, il est bon de savoir qu’on peut retirer beaucoup des épreuves vécues.
La vie est faite d’opposés. En effet, la naissance et la mort, le plaisir et la peine, la santé et la maladie ne font-ils pas partie de la vie? L’un ne peut exister sans l’autre. Ceux et celles qui n’ont jamais expérimenté la souffrance liée à la mort d’un proche ou qui passent leur temps à rechercher le plaisir et à fuir la peine, ne connaissent-ils pas qu’une seule partie de la vie?
Pour ceux et celles qui verront la souffrance déposée sur leur chemin, s’ils ont le courage de plonger dedans, viendra un temps où pleurer ne leur fera plus mal. Ils découvriront que pleurer a sa propre texture, sa propre saveur. Ils auront compris que pleurer est aussi naturel que de rire, et que dans la vie, il y a tantôt des moments tragiques, tantôt des moments comiques. Ils auront connu et goûté aux deux côtés de la médaille.
On n’oublie jamais la perte d’un être cher. On apprend plutôt à vivre avec. En d’autres mots, on apprend à faire la paix avec cette perte qui a laissé une cicatrice. Cela demande du temps, mais aussi un travail. Le deuil est bel et bien un travail à accomplir.
Après un certain temps, il est conseillé de faire un rituel. Le moment opportun pour accomplir le rituel varie d’un individu à l’autre. De neuf mois à deux ans environ, selon les experts sur le deuil. Le rituel ne fait pas disparaître la blessure, mais peut l’arrêter de saigner. Le but derrière le rituel n’est pas d’oublier à tout jamais la personne aimée, ou s’imaginer que l’on n’éprouvera plus jamais la moindre émotion, tristesse ou nostalgie face à la personne décédée. Le but est plutôt d’entrevoir la possibilité d’un retour à la vie et de redevenir heureux, tout en réapprenant à aimer et à apprécier davantage les gens qui nous entourent. Si on a perdu son conjoint, accepter sa perte, c’est se donner le droit d’aimer à nouveau.
Se donner la permission de redevenir heureux ne s’impose pas du jour au lendemain et il est difficile de prendre une telle décision après avoir été durement ébranlé. C’est pourquoi la présence d’amis lors du rituel s’avère très précieuse. Le fait d’avoir des amis qui nous entourent lors de l’accomplissement du rituel nous procure une autorisation tacite et nous aide à passer à autre chose. Leur présence rend l’événement plus officiel et en même temps sert à encourager et à appuyer l’endeuillé dans sa démarche.
L’enjeu du rituel sur le deuil consiste à compléter ses adieux, instaurer un nouvel équilibre et poursuivre une existence valorisante. Pour plus de détails sur l’accomplissement d’un rituel, on peut consulter les ouvrages suivants : Grandir, de Jean Monbourquette, publié aux éditions Novalis, de même que Surmonter l’épreuve du deuil, de Roger Régnier et Line St-Pierre, publié aux éditions Quebecor. Toutefois, il est bon de faire appel à sa propre créativité. Il existe plusieurs façons d’accomplir un rituel. Il est également recommandé de laisser place à la spontanéité lors du déroulement du rituel.
Après l’accomplissement du rituel, la personne ressent habituellement une grande libération. Dans les jours et les semaines qui suivront commencera une nouvelle relation, à un autre niveau, avec la personne décédée. Son niveau d’énergie prendra un essor nouveau. La personne ne se sentira plus en deuil, mais plutôt en paix avec la perte de l’être cher qu’elle a connu. Le goût de vivre reviendra et la vie acquerra une toute nouvelle saveur.
Choisir une thérapie
Il existe de plus en plus de différentes approches thérapeutiques. Les plus connus s’en tiennent au dialogue verbal, d’autres favorisent un travail corporel, certaines font appel à l’art et d’autres encore mettent l’accent sur le plan énergétique.
Laquelle des approches est la plus efficace ? Plusieurs individus oeuvrant dans ce domaine se sont penchés sur le sujet. Ils en sont venus à la conclusion suivante. Pour qu’une thérapie donne des résultats, cela dépend de trois facteurs : le degré de motivation de la personne qui consulte, ses capacités (c’est-à-dire sa capacité à ressentir) et la qualité de la présence ainsi que l’efficacité du psychothérapeute.
Le niveau de motivation varie d’un individu à l’autre. En effet, il est très facile de trouver un prétexte pour arrêter la thérapie. Pour ce qui est des capacités du client, cela se développe avec le temps et au fur et à mesure que les résistances s’atténuent. Quant à la présence et l’efficacité du thérapeute, cela dépend du travail qu’il a fait sur lui-même.
Aux trois critères déjà mentionnés, j’ajouterais l’efficacité de l’approche. Je ne crois pas qu’une approche en particulier puisse convenir à tout le monde et je ne présume pas non plus qu’il y a une forme de thérapie qui soit LA meilleure. Par contre, je suis persuadé que, parmi toute la panoplie d’approches psychothérapeutiques, il en existe des plus efficaces que d’autres.
Il y a deux autres éléments à considérer. Le premier est le choix de travailler avec un homme ou une femme. Je suis persuadé que pour aller le plus loin possible en thérapie – à part les critères déjà mentionnés - il est bon de faire un bout de chemin avec un homme et un autre bout avec une femme. Pour ce qui est de l’autre élément, il concerne l’option de consulter seul ou en groupe. Encore là, je recommande de travailler en individuel et en groupe.
Il n’existe aucune pilule miracle. Pour obtenir des résultats en profondeur et qui dureront, la personne doit faire preuve de persévérance et de courage. En effet, il n’est pas facile de contacter des blessures. Et tout ce processus demande du temps.
Il n’est pas suffisant de parler et de pleurer sur les événements du passé. Et quand je parle du passé, je ne fais pas allusion qu'aux quelques années précédentes. Le passé inclut non seulement la petite enfance, mais aussi la naissance et la vie intra-utérine. Ces événements du passé, il faut les revivre et les ressentir dans toutes leurs intensité et globalité.
Pourquoi revivre des événements douloureux ? Tout simplement parce qu’ils n’ont pas été pleinement vécus et totalement exprimés. Aussi, il ne suffit pas de contacter des blessures archaïques et d’en expulser la tristesse, la colère ou la rage qui s’y attache. Il faut également exprimer le besoin, resté muet derrière ces événements, qui n’a pas été comblé.
Il est primordial d’être bien accompagné. De nos jours, n’importe qui peut s’improviser psychothérapeute. Assurez vous que cette personne a suivi une formation sérieuse et, surtout, qu’elle a elle-même touchée à sa propre souffrance. Aussi, non négligeable, elle comptera dans son « sac » plus d’un outil, c’est-à-dire plus d’une approche, qu’elle n’aura pas uniquement apprise dans des livres, mais également expérimentée sur elle-même. Et non le moindre, elle sera équipée d’une grande sensibilité et remplie d’empathie. Bon cheminement…
Quête spirituelle ou psychothérapie, laquelle choisir?
Commençons d’abord par définir ce qu’est une quête spirituelle. Bien que chacun ait sa propre définition, pour la plupart elle équivaut à chercher quelque chose d’abstrait. Je m’explique. Si on questionne des personnes qui font une telle démarche, on obtient habituellement comme réponse : je cherche Dieu, l’Illumination, l’Éveil, le Nirvana, la Conscience Cosmique, la réalisation du Soi, etc. Or, ces réponses ne sont que des mots, des concepts, et n’évoquent rien de vraiment concret.
Maintenant, si on demande aux personnes ce qu’elles attendent d’une psychothérapie, la plupart affirmeront qu’elles veulent se sentir bien dans leur peau, mieux se connaître, vivre des relations plus saines, moins souffrir, etc. En d’autres mots, elles aspirent à faire l’expérience de plus de bonheur et de paix dans leur vie.
La psychothérapie semble donc être une démarche plus concrète qu’une quête spirituelle. Après tout, se sentir mieux dans sa peau – tête, corps et coeur –, plus heureux et plus en paix, n’est-ce pas ce que tout le monde recherche vraiment ?
Permettez-moi de vous partager en quelques mots mon cheminement. Pendant longtemps j’ai mené une quête spirituelle, mais en ne sachant pas réellement ce que je cherchais. Je lisais beaucoup sur le sujet, je rencontrais des sages, je pratiquais la méditation et le yoga, ce qui en soi n’a pas été néfaste. En fait, ces rencontres et ces lectures m’ont quand même bien servi. Il m’arrive encore de m’asseoir en méditation, mais ce n’est plus pour les mêmes raisons. Lorsque par curiosité j’ai entrepris une psychothérapie, j’ai mis au jour des vérités cachées qui m’habitaient. J’ai touché des blessures au tréfonds de mon être dont jamais je n’aurais soupçonné l’existence. Plus j’avançais dans ma démarche psychothérapeutique, plus je découvrais à quel point j’avais appris à survivre. J’étais devenu un survivant.
Depuis, je n’ai à vrai dire jamais cessé ma quête spirituelle, mais je dois avouer qu’elle est devenue plus concrète, plus globale. J’apprends de plus en plus à vivre et non à survivre.
J’ai voulu vous parler brièvement de mon histoire car j’ai connu et je connais encore trop de gens qui croient suivre une quête spirituelle, alors que ce qu’ils font – dans la plupart des cas, mais pas tous – n’est rien d’autre que de fuir. Ils ne recherchent rien de concret. En suivant l’enseignement de leurs gourous ou maîtres, ils ont l’impression de pratiquer une quête spirituelle, alors qu’en réalité ils ne savent pas exactement ce qu’ils recherchent. Souvent, certains espèrent – inconsciemment – retrouver l’amour et la reconnaissance qui leur ont tant manqué dans leur enfance. Pour d’autres, c’est de combler un vide dont ils ne sont également pas conscients. Ne vous m’éprenez pas, je n’ai rien contre les gourous ou maîtres authentiques. Plusieurs d’entre eux sont des êtres hors du commun et d’une aide indéniable. Toutefois, suivre les enseignements d’un maître ne fera pas nécessairement diminuer une névrose, à moins que ce dernier suggère ou préconise un travail d’ordre psychothérapeutique.
À vous donc de choisir. La quête spirituelle et la psychothérapie sont d’un ordre différent, mais pas nécessairement incompatible. Au contraire. La psychothérapie peut venir en aide à une quête spirituelle authentique, laquelle deviendra plus pratique, concrète et complète.
Danser ses émotions
Dans cet article, il sera question de la danse thérapeutique. Je précise que la thérapie par la danse n'est pas réservée qu'aux excellents danseurs et ni exclusivement qu'à ceux et celles qui aiment danser. Ce n'est pas un concours de danse, ni une occasion de faire la fête bien que le plaisir soit souvent de la partie , mais plutôt un outil pour cheminer.
Il existe différentes façons de travailler thérapeutiquement avec la danse. Un des principaux effets connus d'employer la danse dans un but thérapeutique est de réactiver la circulation de l'énergie. Ce qui est déjà très bon en soi, sauf que l'incidence de la réactivation de l'énergie ne dure habituellement que le temps de l'atelier ou, au mieux, se poursuit pendant quelques jours après. Si cette stimulation de l'énergie n'a aucune répercussion bénéfique dans le quotidien de la personne, on peut se poser la question : à quoi bon? C'est pourquoi je préconise de ne pas s'arrêter à vouloir simplement activer l'énergie, mais d'aller plus loin.
Pour y parvenir, je propose des périodes de danse suivis de moments d'introspection et de périodes d'échanges. Tout en se penchant sur ce qu'elles ont vécu durant la danse, j'invite les personnes à trouver un sens et à faire des liens avec certains aspects de leur vie. Ce genre de travail n'est évidemment possible qu'avec un petit groupe de personnes.
Une autre façon d'utiliser la danse, toujours dans une perspective de cheminer, consiste à faire appel à différentes mises en situation pendant la danse, sans négliger l'introspection et l'échange qui s'ensuive. Ce genre de travail peut susciter des prises de conscience qui pourront générer des répercussions bénéfiques dans le quotidien de la personne.
Dans ce type d'atelier, il va s'en dire que le choix des pièces de musique est primordial. Une variété de styles de musique, tels que latino, africain, rock, techno, balade, blues, musiques du monde, classique sont tous indiqués. Aussi, il m'apparaît important que la sélection musicale ne relève pas exclusivement de l'animateur. En effet, il est souhaitable que les participants (es) contribuent également avec leur propre préférence en matière de musique, car cela leur permet de danser sur de la musique qui les interpelle.
Tous les événements vécus depuis notre enfance sont enregistrés non seulement dans la mémoire du cerveau, mais également dans notre corps, c'est-à-dire dans nos muscles, tissus et cellules. L'excitation corporelle qu'entraîne la danse peut éveiller des souvenirs enfouis, alors que l'introspection et l'échange qui succède à la danse procurent la possibilité de révéler des conditionnements ayant une influence néfaste à notre épanouissement. Ainsi, la danse thérapeutique devient donc une excellente méthode de cheminement.
À vos marques, prêts, dansez…
Un travail en profondeur
La preuve n'est plus à faire à propos des répercussions de notre enfance sur notre vie d'adulte - sans oublier ce que nous avons ressenti à la naissance, durant notre vie intra-utérine, de même que l'influence héritée de nos ancêtres.
En lisant ceci, on peut possiblement se sentir découragé et se demander par où commencer. Et même, se poser la question suivante : pouvons-nous vraiment nous en sortir ? D'abord, je crois qu'il est important de se rappeler que la perfection n'est pas de ce monde. Ensuite, qu'il n'est pas nécessaire de tout guérir. Et finalement, qu'à trop vouloir chercher, on risque de se perdre.
On peut tout de même envisager un certain travail sur soi. Un des moyens est la psychothérapie. Parmi ceux et celles qui ont déjà exploré le monde de la thérapie, certains diront qu'ils en ont retiré des bienfaits, et d'autres affirmeront que cela ne leur a pratiquement rien procuré. Plusieurs facteurs sont à considérer si la thérapie n'a pas donné lieu à des améliorations dans la vie de la personne. Évidemment, il y a la qualité du thérapeute, l'efficacité de l'approche, mais aussi le degré de motivation et d'engagement de celui ou celle qui consulte. Ce dernier point n'est pas à négliger. Se promener d'un thérapeute à l'autre, ou explorer quelques séances ici et là de différentes approches ne favorise pas nécessairement un travail en profondeur.
Les manuels ou les conseils d'un thérapeute qui nous expliquent " comment faire " peuvent nous aider à changer ce que nous faisons ou comment nous le faisons, mais pas ce que nous sommes. Agir sur les comportements peut occasionner des résultats, mais habituellement ils sont de courte durée. Quant aux approches qui mettent l'accent principalement sur la compréhension intellectuelle, elles ne sont pas curatives parce qu'elles permettent rarement l'accès aux expériences et sentiments douloureux de notre vie. Il en est de même pour une thérapie uniquement verbale - sans aucun accent mis sur les sensations et les sentiments -, elle nous promène trop souvent dans un labyrinthe dont on a du mal à trouver l'issue. Somme toute, c'est comme si plusieurs des approches thérapeutiques sont de nature plutôt palliatives. Ce qui expliquerait, en partie, pourquoi certaines personnes affirment n'avoir rien ou presque rien retirés de leur expérience en thérapie. Si on compare l'individu à une plante, et que l'on souhaite obtenir de bons résultats, mieux vaut s'occuper des racines (travailler en profondeur), qu'arroser les feuilles (travailler en surface).
Avant de s'engager dans un processus thérapeutique en profondeur - qui est contraire à une thérapie à tonalité rééducative -, il est primordial de savoir que ce n'est pas une excursion touristique vers les souvenirs de son enfance. Il faut être prêt à faire face à ses vérités cachées. Nous ne pouvons pénétrer dans son monde intérieur sans y rencontrer les blessures et la souffrance refoulées. Et ce voyage, personne d'autre que soi ne peut le faire.
Lorsque nous commençons une thérapie, nous sommes souvent retranchés à l'intérieur d'une forteresse. Inconsciemment, au fil des années, nous avons appris à ériger une structure d'attitudes, de comportements et de compensations. Petit à petit, tout un système de défense s'est mis en place, laissant peu d'espace à toute spontanéité, souplesse, ouverture et joie de vivre.
La thérapie est un voyage d'autodécouverte et un processus de réconciliation avec soi-même. La thérapie ne peut effacer le passé. Elle va plutôt traiter le passé en fonction de ses effets sur le présent. Elle vise à mettre à jour notre inconscient et à nous permettre de prendre conscience de notre façon d'être en relation avec les autres. L'espace que fournit la thérapie est un lieu où l'on peut briser le silence, désamorcer ses mécanismes de défense et apprivoiser son monde intérieur. Elle nous fournit l'opportunité de s'interroger sur soi - ce qui nous construit -, alors qu'accuser l'autre nous détruit. La thérapie peut également nous aider à passer d'un mode émotionnel infantile à un mode émotionnel plus mature. Autrement dit, d'être en mesure d'exprimer librement ses besoins, ses sentiments et ses émotions, plutôt que de les réprimer ou de les extérioriser d'une manière tordue ou bien explosive. Un travail thérapeutique en profondeur réussi généralement à faire de nous des individus plus conscients, authentiques et transparents.
Dans un travail en profondeur - qui demande considérablement d'investigation de la part de la personne qui consulte -, il ne s'agit pas d'analyser pour trouver des causes explicatives ou des responsables, mais bien de dénouer les éléments qui nous empêchent d'exister selon qui nous sommes. Accuser son père ou sa mère de ne pas nous avoir aimés autant que nous en sentions le besoin ne mène nulle part. En revanche, on peut explorer en nous ce que cela a fait à notre cœur d'enfant. De même, explorer l'origine de nos difficultés en cherchant à comprendre pourquoi n'est pas suffisant. Mieux vaut sentir comment ces blessures du passé - accompagnées de leurs influences nuisibles - se manifestent, à notre insu, dans notre vie actuelle. Et pour ce faire, il ne s'agit pas de dissoudre quelque chose qui s'est produit durant notre enfance, mais de dissoudre quelque chose qui se reproduit depuis l'enfance.
Pour tout travail thérapeutique en profondeur, un climat de confiance et de sécurité se doit d'être présent. En effet, car explorer notre monde souterrain peut nous conduire dans les profondes ténèbres de nos plus lointains souvenirs et nous faire faire l'expérience de l'atroce terreur de la mort. Cette impression que l'on va mourir est ressentie par l'enfant en nous qui, lorsque jeune, a dû refouler sa souffrance parce qu'elle était trop grande par rapport à ses forces d'alors. Ressentir à nouveau cette souffrance lui rappelle qu'elle peut l'envahir totalement ; c'est ce qui lui donne l'impression qu'il va mourir ou s'éclater en mille morceaux. Mais l'adulte d'aujourd'hui - qui accompagne en thérapie le petit enfant en lui blessé -, accompagné à son tour par un thérapeute en qui il a confiance, peut avoir accès à cette souffrance de jadis. Si le rythme de la personne est respecté, rien n'émergera à la conscience avant que la personne ait les forces pour y faire face. Respecter le rythme de la personne équivaut à travailler en douceur. Mieux vaut séduire les mécanismes de défense que de les défoncer. Ainsi, la personne se sent de plus en plus confiante, sécurisée et prête à lâcher prise, une à une, ses résistances. De surcroît, à mesure que le travail se poursuit, la personne apprend de plus en plus à se confier et non à commenter sur ce qui l'habite.
Entreprendre un travail en profondeur est habituellement un travail à long terme. L'évacuation de sa souffrance, restée longtemps muette, fait partie du processus, mais cela ne saurait suffire. L'analyse de son vécu, avec son influence dans le quotidien, est également une composante essentielle du processus.
En somme, un travail en profondeur, s'il est bien réussi, produira chez la personne un état de mieux-être avec des répercussions bénéfiques, intégrées et durables dans tous les aspects de sa vie. Cependant, n'oublions pas qu'un état de mieux-être n'est pas un but à atteindre, mais bien un état à bâtir et à habiter un peu plus chaque jour.
L'effet thérapeutique d'une approche non duelle
La quête spirituelle et la psychothérapie sont d'un ordre différent, mais pas nécessairement incompatibles. Une démarche psychothérapeutique efficace peut certainement seconder une quête spirituelle afin qu'elle soit mieux incarnée. Par contre, l'inverse ne s'applique pas autant. En effet, il est plutôt inhabituel qu'une quête spirituelle puisse venir en aide à une psychothérapie. Toutefois, il existe toujours des exceptions. Et c'est le cas de l'enseignement de la non-dualité (advaïta) selon Ramesh Balsekar, généralement classé dans la spiritualité.
L'approche non duelle de cet homme n'a pas la prétention de remplacer une démarche psychothérapeutique valable. Néanmoins, elle peut assurément lui prêter main-forte. Et elle le réussit bien, puisqu'elle génère des répercussions directes dans le quotidien. M. Balsekar, ancien disciple du célèbre sage moderne Nisargadatta Maharaj, enseigne la non-dualité depuis plus de 25 années. Son enseignement est simple, clair, concret et pratique. Voici en quelques mots l'un de ses éléments essentiels.
Le libre arbitre, tel que nous le connaissons, suppose que nous sommes libres de décider et d'agir comme nous le voulons devant les situations qui se présentent à nous. Et c'est ce qui, en toute apparence, semble prévaloir. Pourtant, si l'on prend le temps de s'arrêter et d'examiner sa vie, de façon objective, on constate que bon nombre des événements qui ont suivi nos décisions et nos actions, sinon la majorité, échappaient entièrement à notre contrôle. Pour ces raisons, nous voilà obligés de reconnaître que libre arbitre ne rime pas nécessairement avec contrôle du résultat.
Si nous n'avons aucun contrôle sur l'incidence de nos actes, cela ne signifie pas pour autant que l'on doive se soustraire à ses responsabilités et obligations. Il s'ensuit tout simplement que nous continuons d'agir en personnes responsables, tout en gardant à l'esprit que les résultats de nos actions sont hors de notre portée.
Cela dit, nous avons incontestablement le libre choix d'agir et de décider ce que nous considérons comme étant le mieux à faire devant telle ou telle situation. Par contre, comme déjà soulevé, nous ne pouvons revendiquer une soi-disant compétence sur le dénouement de nos actes et décisions. Mais comment expliquer que nous agissons de telle façon devant une circonstance en particulier, plutôt que d'une manière totalement différente ? À cela, nous pouvons énoncer sans trop risquer de nous tromper que nos actions et nos décisions sont en fonction de nos gènes et de notre conditionnement. Si tel est effectivement le cas, avons-nous choisi nos gènes ? Non. Avons-nous choisi notre conditionnement ? Non plus. Dans ces conditions, si nos décisions et nos actions sont tributaires de nos gênes et de notre conditionnement, pour lesquels nous n'avons eu aucun contrôle, le libre arbitre existe-t-il vraiment ?
En toute apparence de cause, nous ne pouvons faire autrement que de reconnaître l'existence du libre arbitre. Et heureusement, sinon sans lui, la vie de tous les jours telle que nous la connaissons, avec ses hauts et ses bas et tout le côté dramatique que nous aimons bien lui prêter, ne pourrait exister. Sauf que, d'une part, nous n'avons aucun pouvoir sur le résultat de nos actions et de nos décisions. En conséquence, le libre arbitre est sans valeur sur le plan pratique. D'autre part, nos actions et nos décisions sont entièrement sous l'influence de nos gènes et de notre conditionnement, ce sur quoi nous n'avons également eu aucun contrôle. Ainsi, même sur le plan théorique, le libre arbitre est sans valeur.
En considération de ce que nous venons de présenter, il est important de préciser cependant que le conditionnement n'est pas quelque chose de fixe. Ce dernier s'est principalement formé selon l'éducation reçue, la culture dans laquelle nous avons grandi, toutes les expériences vécues depuis notre naissance et même, d'après certains, de notre vie intra-utérine. Et il continue à se façonner de jour en jour.
Par ailleurs, nous savons que l'un des objectifs en thérapie vise d'abord à conscientiser le conditionnement présent. Ensuite, en faisant appel à différents outils (selon l'approche utilisée), le travail de conscientisation se poursuit dans un but d'atténuer l'influence nuisible de ce conditionnement qui ne cesse d'intervenir, à notre insu, dans notre vie actuelle, nuisant ainsi à nos relations intimes et interpersonnelles.
Alors, si la psychothérapie peut servir d'outil à notre épanouissement, qu'en est-il vraiment de cette approche non duelle en terme de pouvoir produire des bienfaits dans notre vie de tous les jours ? Comme souligné au début de cet article, cette approche ne prétend pas être un substitut à une psychothérapie. Cependant, la connaissance pratique qui s'en dégage nous éclaire sur le fait qu'en réalité nous ne sommes pas les maîtres de notre destin, même si le contraire semble prédominer et en est largement diffusé. Dans ce cas, si nous n'exerçons aucune véritable mainmise sur l'issue de nos gestes, pourquoi éprouver de la culpabilité, de la honte ou même des remords ? À ce propos, cela n'exclut pas que nous puissions ressentir du regret, mémoriser l'expérience et agir autrement dans le futur. Mais en aucun cas ne devons-nous nous reprocher quoi que ce soit personnellement. Voilà donc un gros fardeau inutile en moins. N'est-ce pas là un effet concret et non négligeable dans le quotidien ?
Ce n'est là qu'un aperçu de cet enseignement unique et révolutionnaire. Il contient évidemment plusieurs autres éléments qui, une fois réunis, bien saisis et intégrés, peuvent déclencher l'ouverture d'une toute nouvelle perspective. Concrètement, lorsque cet enseignement est bien compris, cela donne lieu non seulement à moins de culpabilité, mais aussi à plus de légèreté, davantage de paix intérieure et une attitude beaucoup plus souple envers les événements qui composent notre quotidien.
En conclusion, cette approche non duelle entraîne bel et bien des effets thérapeutiques tangibles. Elle peut donc être utilisée de concert avec toute démarche psychothérapeutique.
Si la vie ne devient pas plus facile, elle peut en revanche devenir plus simple...